Annonce pour un travail de prof en Chine

Titre : Professeur de français de langue maternelle française
Catégories : Emploi FLE
Lieu : Chine
Salaire horaire en brut net :  

5700 yuans, six semaines de congés payés en hiver, possibilité d’augmentation au cours de l’année, couverture d’assurance accident chinoise, logement de fonction (toutes charges comprises –Internet inclus-) au sein du campus

   
Volume horaire hebdomadaire : Jusqu’à 16 h par semaine
Descriptif :  

Type d’emploi : Emploi CDD renouvelable

Annonce : Poste de professeur d’université à Lanzhou Jiaotong.

Activités principales générales :

–          préparer les cours au préalable,

–          proposer des cours de français en fonction des niveaux des différentes années,

–          correction des devoirs et du travail des étudiants, effectuer les rapports de fin de semestre,

–          animer des activités pédagogiques en collaboration avec l’équipe pédagogique,
Prérequis :

–          posséder un Master 2 de FLE ou diplôme de sciences de l’éducation, de langues ou d’enseignement est nécessaire pour obtenir le visa de travail. Si le candidat est titulaire d’une Licence ou d’un Master 1, deux années d’enseignement en continu sont exigées après l’obtention d’un de ces diplômes.

–          expérience préalable préférée, mais non exigée

–          nationalité française, belge ou suisse

–          professionnel, organisé, adaptable, rigoureux, patient, ponctuel

Documents à fournir :

–          cv

–          lettre de motivation

–          photo d’identité

–          scan du passeport

–          scan du diplôme le plus élevé/adéquat

Période du : 1er septembre 2018 au 30 juillet 2019
Procédure :

–          envoyez votre candidature au directeur pédagogique à akalten@hotmail.fr

–          un entretien Skype sera proposé aux candidats sélectionnés

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Travailler… en tant que prof ?!

Je termine ce semestre et je peux désormais faire un premier bilan… Travailler en Chine, particulièrement en tant que professeur (de langue), qu’est-ce que ça donne ?

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Le travail en Chine, c’est déjà expliquer, démonter ou jouer avec les stéréotypes et les clichés !

Alors, déjà, travailler en Chine tout court, quid ? C’est à la fois plus facile et compliqué que dans l’hexagone ou dans notre bonne vieille Europe.

Premièrement, il faut se charger de la paperasse administrative. Pour obtenir un visa de travail, souvent, il n’y a pas tellement de choix, on doit obtenir une lettre d’invitation de la part de l’entreprise ou l’organisme qui va vous embaucher. Ça paraît tout bête, mais ne pas faire cette démarche risque de compliquer largement votre séjour, si vous décidez, comme moi, de partir en Chine avec un visa différent de celui vous autorisant à travailler.

Petite parenthèse personnelle donc, je suis parti avec un visa de regroupement familial en accompagnant mon épouse. Nous pensions assez facilement changer de type de visa une fois sur place, d’autant plus que je n’avais pas encore trouvé un établissement qui veuille m’embaucher a priori. Sans écrire « grave erreur », je ne puis que déconseiller la démarche que nous avons suivie. Il a fallu « quitter la Chine » (dans mon cas, nous déplacer à Hong Kong), pour nous rendre dans un consulat de Chine, afin de tout recommencer, sachant en plus qu’il fallait des assurances et tout le tintouin que peut demander une administration. Petite comparaison : vous trouvez que notre belle bureaucratie tricolore est lourdingue et se fiche de l’aspect humain ? Eh bien, en Chine, c’est la même chose… en chinois. Sans ma compagne, je n’aurai jamais obtenu le permis !

Bref, si vous voulez devenir professeur de langue, je vous préconise de faire bien plus simple : vous prenez contact avec une université et vous les laissez préparer votre dossier pour les autorités chinoises, pour obtenir directement le visa approprié ! Par ailleurs, autant certaines associations d’échanges franco-chinois que l’Ambassade de France peuvent proposer des postes ou transmettre des offres d’emploi.

Deuxièmement, sachez que, à ma connaissance, deux profils types sont recherchés par les sociétés chinoises : les éducateurs et les hommes d’affaires (non, j’abhorre cette nouvelle tendance qu’est l’écriture inclusive, donc vous n’aurez pas des phrases telles « homme (femme) d’affaires » ; et pour les ardents défenseurs de cette idiotie, essayez donc déjà d’apprendre un bon français à des étudiants étrangers, après on reparlera de complexifier à loisir une langue déjà complexe et romantique). Hem. Pardon, pardon, j’ai passé mon petit coup de gueule, que je partage d’ailleurs avec mon compatriote français. Et sachez que je viens de présenter un magnifique texte parlant de l’émancipation de la femme à travers le XXème  et début du XXIème siècle, donc la langue en elle-même n’a vraiment rien de sexiste !

Où en étais-je avec cette digression sur un sujet qui me hérisse ? Mais oui, les travailleurs recherchés ! Sachez que le français, bien derrière l’anglais et les langues asiatiques (normal, au vu de la proximité avec les Corées, le Japon, l’Indonésie, etc.), possède une certaine demande, mais qui dépend des régions et de leur développement. A Lanzhou, par exemple, le marché est faible. Donc, à part enseignant, on recherchera des négociateurs et des personnes versées dans le domaine de la finance, pour … ô surprise, le business ! Vous êtes étonnés, n’est-ce pas ? Par ailleurs, étant donné les relations économiques et commerciales particulièrement développées avec l’Afrique, sachez qu’un francophone risque de travailler bien plus avec le continent africain qu’avec l’européen.

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Voilà une idée générale et très simplifiée de l’importance des échanges et partenaires économiques de la Chine. L’Afrique est bel et bien un sacré morceau !

En dehors de ces domaines, me direz-vous ? A mon humble avis, à part si vous êtes cuisinier, pâtissier ou boulanger, on risque de ne pas vraiment s’arracher votre CV. La concurrence sera rude et autant le marché sera vaste que vos potentiels concurrents seront nombreux. Je passe sur la nécessité malgré tout de posséder un certain niveau d’anglais, à moins de parler un bon (voire très bon) mandarin.

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Mesdemoiselles (oui, je l’utilise toujours, ce terme là, au diable sa désuétude !), Mesdames, Messieurs : la culture française ! Comment ça belge ?! Zut, on parle de BD franco-belge, saperlipopette !

Venons-en donc au sujet dont je peux parler le mieux sans m’avancer sur des analyses ou spéculations : prof. Durant les mois passés ici, j’ai été en premier lieu professeur à l’université, mais aussi professeur de collège, professeur (particulier ou en petites classes) dans des instituts de langues étrangères. J’ai donc déjà un aperçu plutôt général du métier, même si je dois concéder que mon expérience n’est encore que relativement réduite, temporellement parlant.

Alors, qu’a-t-on besoin pour devenir éducateur dans l’Empire du Milieu ?

Tout d’abord, un diplôme en minimum en lien avec le français, le niveau de Master aide quand même beaucoup. Toutefois, les universités sont classées (la Chine ne suit pas l’idée française que tous les établissements supérieurs se valent, elle suit bien plus le modèle anglo-saxon) et entrer dans une université moyenne ou de rang assez bas est évidemment bien plus accessible qu’entrer dans les meilleurs établissements.

Ensuite, la justification d’un minimum de capacités d’enseignement. Toutefois, il n’est pas nécessaire d’avoir été professeur pour enseigner ici. On n’est pas dans l’hexagone, avec une vision quelque peu étriquée des capacités. Parmi les trois professeurs de français de l’université Lanzhou Jiaotong, un collègue sort d’études politiques, un autre que je connais très mal a je crois étudié le chinois et j’ai étudié la philosophie et la muséologie. Je n’avais pas d’expérience classique dans l’enseignement auparavant (toutefois, j’ai exercé dans le service qualité d’une branche d’AXA, j’ai organisé différents séminaires, interventions et échanges culturels et internationaux pour la jeunesse, donc je ne débarque pas totalement en terrain inconnu !), mais mon apprécié collègue n’avait pas non plus d’expérience dans l’éducation avant de débarquer en Asie.

Néanmoins, je précise tout de suite, l’éducation en Chine et un vrai business. Information intéressante, il est obligatoire pour une université d’avoir dans le rang de ses enseignants au moins une personne de langue maternelle, donc suivant le personnel, presque n’importe qui est malgré tout susceptible de convenir. Suivant les universités, les professeurs étrangers sont même relativement peu considérés, ils sont « juste » une nécessité. Par ailleurs, pour ceux qui parlent d’autres langues étrangères, la demande va insister au maximum sur l’accent, qui doit être le plus proche d’une langue maternelle. J’estime par exemple avoir un fort bon niveau d’anglais, mais je suis parfaitement conscient que je ne pourrai pas donner de cours, puisque mon accent français est par trop prononcé. Et même pour l’allemand, que je parle avec peu d’accent pourtant, ce n’est pas simple…

Enfin, je pense quand même devoir aborder ce sujet : le racisme. Ici, c’est l’Asie. L’obligation du « politiquement correct ne devant choquer personne », passez le aux oubliettes. Oui, en tant que blanc, vous serez fort bien considéré, voire admiré a priori; si vous êtes noir ou beur… ce sera nettement plus difficile. Malgré la politesse affichée du chinois moyen, le véritable respect sera fort difficile à obtenir, soyez au moins au courant.

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Bon, je reprend un exemple assez parlant qui avait déjà fait parler de lui sur Internet, mais qui exprime assez clairement mon avis…

Bien, j’ai un peu balayé les prérequis, mais qu’est-ce que ça donne, au final, un cours de langue ?

Avant de pouvoir donner une réponse bateau et générale, il faut déjà considérer l’audience (voire la clientèle). A l’université, une salle de français, c’est environ une trentaine d’étudiants, en majorités des étudiantes (les garçons forment grosso-modo ¼ de la classe). Au collège, ce sont des classes d’une petite cinquantaine d’élèves. Dans un institut, ce sont des cours particuliers ou des classes de quelques personnes. Précisons tout de suite, pour les cours en instituts, en collège ou en lycée, tout est jeu de relations et contacts. Sans ma femme, je ne serai que professeur universitaire…

Rappel : je parle du français ou de l’allemand (et je puis élargir ce schéma à l’italien ou à l’espagnol), pas de l’anglais, bien plus attractif, pour ne pas dire nécessaire, donc très demandé. Toutefois, à part pour un absolu bilingue, vous n’obtiendrez pas d’offre d’embauche de ce côté là.

Tout d’abord, une chose qui frappe, c’est justement que le sentiment de sécurité et de respect du professeur est proche de ce que j’imagine d’un professeur des années 60. Insultes, menaces, violence verbale ou physique ? Que nenni ! Mention spéciale aux salles de collège où tous les jeunes vont se lever et vous saluer au début de la classe. D’ailleurs, de manière générale, vos étudiants vous salueront dès qu’ils vous croiseront.

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Tout de suite, ça vous calme, hein ? C’est ça qui manque à la France, ma bonne dame, c’est moi qui vous le dit : la di-sci-pline !

Bon, ensuite, le revers de la médaille, c’est le « carcan » qu’on tous ces étudiants. Carcan social, d’abord, puisque rares sont ceux qui vont prendre la parole ou poser des questions. Vous voulez de la participation ou des réponses, il faut aller les chercher, tel le trappeur partant chasser les animaux à fourrure dans la forêt.

Personnellement, j’ai une petite théorie linguistique, d’ailleurs partagée avec deux autres jeunes collègues professeurs (français et gallois) : en chinois, le mot « wèn tí » est utilisé, qui signifie autant « question » que « problème ». Le fait que ces deux concepts ou notions soient réunis dans un même mot, lié à la culture de ne jamais perdre la face, me pousse à penser que poser une question, c’est admettre avoir un problème, donc une faiblesse, devant les autres. D’où l’immense réserve de la majorité des étudiants chinois à prendre la parole et se tromper ou admettre une incompréhension. Certes, mon épouse chinoise ne partage pas cet avis, mais je me demande jusqu’à quel point ma spéculation peut se révéler vraie…

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Oui, enfin bon, après ça, c’est une trentaine de copies à corriger… La kryptonite professorale, pour reprendre le bon mot d’un ami dans le métier !

Carcan intellectuel aussi, oserai-je dire. Dire que les jeunes chinois ne sont pas ouverts d’esprit serait une bêtise. Mais ne pas admettre qu’ils sont moins curieux, de façon générale, est malgré tout une erreur. Ils sont habitués à apprendre, réciter, au par cœur; pas à analyser, résumer, critiquer ou synthétiser. Sans être des robots, ils vont toujours vouloir utiliser le dictionnaire et comprendre « comme il faut ». Les pousser à exprimer leur avis est un exercice de longue haleine.

Ainsi, autant ils pourront bien comprendre des textes littéraires et seront assez à l’aise à l’écrit, autant à l’oral… leur niveau pèche. Le problème est que beaucoup d’enseignants chinois n’ont jamais quitté la Chine et n’ont jamais mis les pieds dans un pays francophone (ou alors, ils ont juste visité Paris en groupe de touriste). Ainsi, ces professeurs vont pouvoir expliquer les théories langagières, mais n’auront pas forcément un excellent niveau en français (ou dans les autres langues « européennes »). Les étudiants vont avoir des cours en chinois de théorie et d’exercices, mais peu d’oral et pas forcément d’un excellent oral. Quand on veut apprendre une langue étrangère, cela rend les choses compliquées…

Du coup, j’estime que de manière général, le niveau, particulièrement universitaire (en tout cas à l’université Lanzhou Jaiotong, une université « moyenne ») est moyen, voire bas.

Ensuite, il y a le fléau des téléphones portables. Bon, non qu’en France il n’existe pas, mais les chinois, comme beaucoup d’asiatiques, sont ultra connectés. Tout est réuni dans leur mobile : Internet, jeux vidéo, chats et liens avec les réseaux sociaux, dictionnaire et applis diverses. Interdire les portables, c’est une quête sans fin, surtout que vous aurez les bons étudiants et les mauvais étudiants.

Mais au fond quelle différence y a t il entre le bon et le mauvais étudiant ? Non mais, le mauvais étudiant, bon, bah, c’est un jeune qui a un portable, y l’est en cours, y l’utilise…Et le bon étudiant ? C’est un jeune, il a un portable, y l’est en cours, mais y l’utilise… mais…c’est pas la même chose ! Y’a le bon étudiant, et y’a le mauvais étudiant…

Oui, n’est-ce pas ? Aaaah, les classiques français, certains sont indémodables ! (je me sens vieux, d’un coup…) Plus sérieusement, faire la différence entre un élève qui utilise son téléphone pour vérifier un mot et un autre qui en profite pour s’évader avec (2h de cours par semaine, enfin, deux fois 50 minutes, soyons précis que diable, c’est vrai que c’est le bagne !), c’est difficile. J’ai tendance à repérer les différents larrons quand même (pas si difficile), mais je ne m’interromps pratiquement plus pour confisquer le jouet désormais; je me concentre envers ceux qui le méritent, pas les dilettantes…

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Eh hop, un flagrant délit ! OK, j’admets, je déteste ces salles avec écrans d’ordinateurs qui permettent aux « talentueux étudiants » de « cacher avec brio leur activité annexe durant leur cours »… Comme si un prof ignorait vraiment ce qui se passe dans sa salle… Rêvez, mes petits !

Mais le plus problématique, à mon sens, c’est que durant les études universitaires, la politique est le « tout le monde passe ». Pour qu’un étudiant redouble, il faut qu’il soit vraiment mauvais, souvent absent, etc. Du coup, le niveau en classe devient vite compliqué car déséquilibré. Vous allez faire face à des étudiants désintéressés, inattentifs et qui ne travaillent pas, mais devoir aussi les noter comme s’ils étaient des élèves tout à fait acceptables. Franchement, pour les barèmes de notation, bonjour…

Enfin, pour les examens et exercices, c‘est flou. Très flou. Je sais que pour l’enseignement supérieur, le professeur est censé avoir une certaine liberté d’action, mais là, je parle juste de la manière de noter les élèves. Aucun professeur étranger ne reçoit les mêmes consignes, au final, c’est assez à la tête du client. De plus, les notes sont assez vides de sens, car ce qui va importer au final, ce seront les tests de niveau de langue que les étudiants qui veulent vraiment utiliser une langue étrangère de façon professionnelle vont passer. Le sentiment de travailler un peu pour des prunes ou dans le brouillard est assez déstabilisant, il faut bien le dire.

D’un autre côté, à part une vague directive pour le programme du semestre, l’enseignant à une paix royale pour enseigner ce qu’il veut. C’est franchement appréciable, surtout que ce qui sera demandé à un professeur étranger est toujours la même chose : un cours oral. On demande de parler, de présenter notre bon pays à ces charmantes têtes blondes (ici, les cheveux sont noirs, les peaux dans les teintes de jaune, du plus clair au plus bronzé et les yeux pratiquement toujours très sombres, mais si, je vous assure !). Du coup, comparé aux professeurs chinois, le poids des responsabilités, des contrôles, comptes rendus et réunions  est réduit à pratiquement rien, ce qui laisse bien plus de temps libre.

 

Pour ma part et pour conclure, j’écrirai sans hésiter que mon enseignement préféré est celui du collège : des jeunes attentifs (une salle de pratiquement 50 pré-adolescents, si, si !), motivés, curieux et enjoués d’apprendre, ultra polis et joyeux de vous voir, c’est un véritable plaisir et une vraie piqure de motivation et d’entrain. En plus, beaucoup sont meilleurs que mes étudiants de français à l’université, un comble !

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Ça, c’est juste pour faire baver d’envie les professeurs en France ! Osez me dire que vous avez les mêmes !