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A combien de reprises peut-on entendre parler de « rayonnement culturel » ou « échanges interculturels » ?

Bien trop, et souvent dans des contextes flous, quand ce n’est pas totalement vide de sens, balancé à tord et à travers par « quelqu’un d’important », qui semble royalement ignorer de quoi il parle.

Alors que c’est pourtant très simple et qu’on peut même en faire sa passion, potentiellement en vivre.

 

Vous connaissez l’adage selon lequel la musique est un langage universel ? Si oui, vous pouvez continuer à lire cet article. Si non, hors d’ici, non mais !

Commençons donc pas l’anecdote : la semaine dernière, grâce à l’intelligente initiative de l’AF (Alliance Française) de Canton, j’ai été invité (aaahh, le luxe et les fastes de la vie de professeur étranger en Chine…) au concert du groupe FD5. Oui, je sais, le nom sonne comme les 2Be3 (vous ne connaissez pas ce -ahem, vieux- boy’s band ? Google est presque ton ami et non, cela ne me rajeunit pas, je fais avec).

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FD5 弗雷德乐队 (on copie, on colle, on tape «Entrer» c’est facile, vous verrez !)

Naturellement, ce nom est parfaitement inconnu au bataillon français et pourtant… il commence à gagner un grand succès en Chine.

Ce groupe de pop rock est un joyeux rassemblement de 5 –vous ne l’auriez jamais imaginé, hein ?- guedins français, russes et ukrainien. Et surtout, le chef du groupe, chanteur et guitariste est français. Oui ma bonne dame, il parle la langue de Molière. Cocorico.

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Admirez l’astuce, la charmante donzelle blonde (ukrainienne) est au premier plan, même si elle est bassiste et ne chante pas. Mais ainsi, on attire le chaland plus facilement ! Ha ha, bien joué !

Vous ne connaissez pas, hein ? Pourtant, il s’agit du groupe « français » le plus téléchargé en Chine (devant Daft Punk, eux-mêmes devant Justice) et classé 63ème dans la catégorie groupe étranger par Baidu Music.

Le groupe se classe aussi 120ème dans le classement de QQ Music China

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Pour info, Baidu, en Chine, c’est Google.  QQ égale Skype (et Twitter dans une moindre mesure).

Leur clip « A force de t’aimer » a été visionné 12 million de fois en Chine et ce tube s’est classé N°1 dans les top chinois (en section chanson étrangère). Tout de suite, ça place un peu le niveau, qui commence à devenir un phénomène.

Fondé en 2010, en Chine, le groupe se fait connaitre en participant à « Star Avenue » sur CCTV3 (comprendre la «Star Academy» sur France Télévision). Et ils ont continué sur cette lancé, passant à la télé, puis on sorti leur premier album en 2013, « Happy paradise », qui inclut leur tube «A force de t’aimer».

Oui et alors ? Et bien là où c’est diaboliquement malin, c’est qu’il s’agit d’une adaptation d’une fort célèbre chanson chinoise « Because of Love » («因为爱情»). Le compositeur chinois Xiao Ke (小柯) a d’ailleurs largement soutenue et promue par ce musicien. Donc, le public chinois peut non seulement découvrir une nouvelle langue, mais comprend tout naturellement qu’il reprend et traduit une chanson très bien connue, elle même très populaire. L’air est déjà connu, on l’entend partout, c’est donc emballé. Et donc, pour filer la métaphore, ça cartonne.

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Les deux albums en question

En 2016, le deuxième album « Straight ahead », commence également à introduire des chansons vraiment originales, qui connaissent leur propre succès. Avec le tube «Au bout de mes rêves», FD5 se classe 13ème dans la liste des groupes étrangers sur Baidu Music.

 

On a donc un petit malin à la tête de ce groupe qui passe de la chanson d’amour au bon vieux rock, chantant aussi bien en français qu’en chinois (très bon niveau de chinois, teeeellement meilleur que le mien) et surtout un gugusse originaire de Nîmes qui sait vraiment bien jouer avec son ambiance et son public pour dynamiser une soirée.

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Mettre le feu sur scène, allégorie

Mon expérience et découverte ressemblait vraiment à un concert privé, étant donné qu’avec la date (un jeudi soir), un emplacement qui ne favorisait pas une grande affluence des étudiants (proche du campus de Master d’une des universités de Guangzhou, mais pas du campus des Licences, bien plus populeux) et ne bénéficiant pas d’une grande portée médiatique (la pub était très réduite), le bar était très loin d’être plein à craquer.

Et malgré tout, en deux minutes à peine, tous les jeunes (je parle surtout des étudiants, moi, « vieux » prof, avec présentement ma cheville en vrac, je suis resté assis en sirotant une bonne bière –belge, gage de goût et de qualité, n’en déplaise à nos bons amis allemands-) en profitant du spectacle. Parce que spectacle, même en petit comité, il y a ! Les téléphones portables allumés qui remplacent les briquets agités dans les airs, le passage tout à fait fluide depuis des chansons assez douces à du bon vieux rock joue vraiment avec l’ambiance et les apostrophes en chinois marchent du tonnerre.

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Leçon 2 : mettre son public à genoux (juste avant de le faire sauter)

Je ne passe pas sur la spéciale dédicace « Ça (c’est vraiment toi) », avec la vision étonnante du directeur de l’Alliance Française dansant le rock comme un ado avec une spectatrice chinoise. J‘étais moi-même aux anges de réécouter dans ces conditions ce vieux tube qui date déjà du temps de mon propre paternel !

 

Que tirer d‘une seule soirée ? Eh bien que ce passage de l’interculturel, simple et si malin, permet non seulement de rassembler les gens, d’ouvrir des barrières (hé, j’ai eu une étudiante qui s’est retrouvée en Licence de français parce que sa mère était fan d’Edith Piaf… pas une si bonne idée, mais l’exemple est marquant !) et de jouer sur les codes et les images –principalement de la France-, tout en étant ouvert de façon dynamique à la culture et la langue chinoise.

On peut me rétorquer que tout ça n’est que superficiel et commercial, je répondrai, oui, et alors ? Depuis quand le culturel est-il définitivement séparé de l’aspet mercantile ? Depuis quand le succès populaire est une barrière à l’apprentissage d’une langue étrangère et à la première découverte d’une autre culture ? Il faut bien commencer quelque part, voulez-vous ?! Combien de jeunes artistes peuvent se targuer de connaître un tel succès ? On sent les efforts d’acclimatation, d’acculturation et d’apprentissage d’une langue loin d’être facile pour un occidental. Mais c’est une preuve, que je qualifierai d’éclatante, que du travail sérieux et de la passion peuvent mener à de sacrés résultats. N’en déplaise à certains, voire beaucoup.

Et ça, c’est une leçon pour nos bons amis défenseurs de la seule « vraie culture », souvent élitiste. Parce que quand je peux amener mes étudiants à aimer le français en leur proposant de chanter les paroles d’un groupe connu et tendance, moi, le professeur universitaire de français, j’y gagne un regain d’intérêt, d’attention et de bonne humeur. Et croyez-moi, rien de mieux que des étudiants attentifs pour expliquer un article de presse du Monde, une pièce de Molière, ou un conte tiré de la Genèse !

 

Allez, tous ensemble… Ça… C’est vraiment la culture… Ça, ça…

Le lien de leur page Facebook

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Travailler… en tant que prof ?!

Je termine ce semestre et je peux désormais faire un premier bilan… Travailler en Chine, particulièrement en tant que professeur (de langue), qu’est-ce que ça donne ?

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Le travail en Chine, c’est déjà expliquer, démonter ou jouer avec les stéréotypes et les clichés !

Alors, déjà, travailler en Chine tout court, quid ? C’est à la fois plus facile et compliqué que dans l’hexagone ou dans notre bonne vieille Europe.

Premièrement, il faut se charger de la paperasse administrative. Pour obtenir un visa de travail, souvent, il n’y a pas tellement de choix, on doit obtenir une lettre d’invitation de la part de l’entreprise ou l’organisme qui va vous embaucher. Ça paraît tout bête, mais ne pas faire cette démarche risque de compliquer largement votre séjour, si vous décidez, comme moi, de partir en Chine avec un visa différent de celui vous autorisant à travailler.

Petite parenthèse personnelle donc, je suis parti avec un visa de regroupement familial en accompagnant mon épouse. Nous pensions assez facilement changer de type de visa une fois sur place, d’autant plus que je n’avais pas encore trouvé un établissement qui veuille m’embaucher a priori. Sans écrire « grave erreur », je ne puis que déconseiller la démarche que nous avons suivie. Il a fallu « quitter la Chine » (dans mon cas, nous déplacer à Hong Kong), pour nous rendre dans un consulat de Chine, afin de tout recommencer, sachant en plus qu’il fallait des assurances et tout le tintouin que peut demander une administration. Petite comparaison : vous trouvez que notre belle bureaucratie tricolore est lourdingue et se fiche de l’aspect humain ? Eh bien, en Chine, c’est la même chose… en chinois. Sans ma compagne, je n’aurai jamais obtenu le permis !

Bref, si vous voulez devenir professeur de langue, je vous préconise de faire bien plus simple : vous prenez contact avec une université et vous les laissez préparer votre dossier pour les autorités chinoises, pour obtenir directement le visa approprié ! Par ailleurs, autant certaines associations d’échanges franco-chinois que l’Ambassade de France peuvent proposer des postes ou transmettre des offres d’emploi.

Deuxièmement, sachez que, à ma connaissance, deux profils types sont recherchés par les sociétés chinoises : les éducateurs et les hommes d’affaires (non, j’abhorre cette nouvelle tendance qu’est l’écriture inclusive, donc vous n’aurez pas des phrases telles « homme (femme) d’affaires » ; et pour les ardents défenseurs de cette idiotie, essayez donc déjà d’apprendre un bon français à des étudiants étrangers, après on reparlera de complexifier à loisir une langue déjà complexe et romantique). Hem. Pardon, pardon, j’ai passé mon petit coup de gueule, que je partage d’ailleurs avec mon compatriote français. Et sachez que je viens de présenter un magnifique texte parlant de l’émancipation de la femme à travers le XXème  et début du XXIème siècle, donc la langue en elle-même n’a vraiment rien de sexiste !

Où en étais-je avec cette digression sur un sujet qui me hérisse ? Mais oui, les travailleurs recherchés ! Sachez que le français, bien derrière l’anglais et les langues asiatiques (normal, au vu de la proximité avec les Corées, le Japon, l’Indonésie, etc.), possède une certaine demande, mais qui dépend des régions et de leur développement. A Lanzhou, par exemple, le marché est faible. Donc, à part enseignant, on recherchera des négociateurs et des personnes versées dans le domaine de la finance, pour … ô surprise, le business ! Vous êtes étonnés, n’est-ce pas ? Par ailleurs, étant donné les relations économiques et commerciales particulièrement développées avec l’Afrique, sachez qu’un francophone risque de travailler bien plus avec le continent africain qu’avec l’européen.

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Voilà une idée générale et très simplifiée de l’importance des échanges et partenaires économiques de la Chine. L’Afrique est bel et bien un sacré morceau !

En dehors de ces domaines, me direz-vous ? A mon humble avis, à part si vous êtes cuisinier, pâtissier ou boulanger, on risque de ne pas vraiment s’arracher votre CV. La concurrence sera rude et autant le marché sera vaste que vos potentiels concurrents seront nombreux. Je passe sur la nécessité malgré tout de posséder un certain niveau d’anglais, à moins de parler un bon (voire très bon) mandarin.

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Mesdemoiselles (oui, je l’utilise toujours, ce terme là, au diable sa désuétude !), Mesdames, Messieurs : la culture française ! Comment ça belge ?! Zut, on parle de BD franco-belge, saperlipopette !

Venons-en donc au sujet dont je peux parler le mieux sans m’avancer sur des analyses ou spéculations : prof. Durant les mois passés ici, j’ai été en premier lieu professeur à l’université, mais aussi professeur de collège, professeur (particulier ou en petites classes) dans des instituts de langues étrangères. J’ai donc déjà un aperçu plutôt général du métier, même si je dois concéder que mon expérience n’est encore que relativement réduite, temporellement parlant.

Alors, qu’a-t-on besoin pour devenir éducateur dans l’Empire du Milieu ?

Tout d’abord, un diplôme en minimum en lien avec le français, le niveau de Master aide quand même beaucoup. Toutefois, les universités sont classées (la Chine ne suit pas l’idée française que tous les établissements supérieurs se valent, elle suit bien plus le modèle anglo-saxon) et entrer dans une université moyenne ou de rang assez bas est évidemment bien plus accessible qu’entrer dans les meilleurs établissements.

Ensuite, la justification d’un minimum de capacités d’enseignement. Toutefois, il n’est pas nécessaire d’avoir été professeur pour enseigner ici. On n’est pas dans l’hexagone, avec une vision quelque peu étriquée des capacités. Parmi les trois professeurs de français de l’université Lanzhou Jiaotong, un collègue sort d’études politiques, un autre que je connais très mal a je crois étudié le chinois et j’ai étudié la philosophie et la muséologie. Je n’avais pas d’expérience classique dans l’enseignement auparavant (toutefois, j’ai exercé dans le service qualité d’une branche d’AXA, j’ai organisé différents séminaires, interventions et échanges culturels et internationaux pour la jeunesse, donc je ne débarque pas totalement en terrain inconnu !), mais mon apprécié collègue n’avait pas non plus d’expérience dans l’éducation avant de débarquer en Asie.

Néanmoins, je précise tout de suite, l’éducation en Chine et un vrai business. Information intéressante, il est obligatoire pour une université d’avoir dans le rang de ses enseignants au moins une personne de langue maternelle, donc suivant le personnel, presque n’importe qui est malgré tout susceptible de convenir. Suivant les universités, les professeurs étrangers sont même relativement peu considérés, ils sont « juste » une nécessité. Par ailleurs, pour ceux qui parlent d’autres langues étrangères, la demande va insister au maximum sur l’accent, qui doit être le plus proche d’une langue maternelle. J’estime par exemple avoir un fort bon niveau d’anglais, mais je suis parfaitement conscient que je ne pourrai pas donner de cours, puisque mon accent français est par trop prononcé. Et même pour l’allemand, que je parle avec peu d’accent pourtant, ce n’est pas simple…

Enfin, je pense quand même devoir aborder ce sujet : le racisme. Ici, c’est l’Asie. L’obligation du « politiquement correct ne devant choquer personne », passez le aux oubliettes. Oui, en tant que blanc, vous serez fort bien considéré, voire admiré a priori; si vous êtes noir ou beur… ce sera nettement plus difficile. Malgré la politesse affichée du chinois moyen, le véritable respect sera fort difficile à obtenir, soyez au moins au courant.

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Bon, je reprend un exemple assez parlant qui avait déjà fait parler de lui sur Internet, mais qui exprime assez clairement mon avis…

Bien, j’ai un peu balayé les prérequis, mais qu’est-ce que ça donne, au final, un cours de langue ?

Avant de pouvoir donner une réponse bateau et générale, il faut déjà considérer l’audience (voire la clientèle). A l’université, une salle de français, c’est environ une trentaine d’étudiants, en majorités des étudiantes (les garçons forment grosso-modo ¼ de la classe). Au collège, ce sont des classes d’une petite cinquantaine d’élèves. Dans un institut, ce sont des cours particuliers ou des classes de quelques personnes. Précisons tout de suite, pour les cours en instituts, en collège ou en lycée, tout est jeu de relations et contacts. Sans ma femme, je ne serai que professeur universitaire…

Rappel : je parle du français ou de l’allemand (et je puis élargir ce schéma à l’italien ou à l’espagnol), pas de l’anglais, bien plus attractif, pour ne pas dire nécessaire, donc très demandé. Toutefois, à part pour un absolu bilingue, vous n’obtiendrez pas d’offre d’embauche de ce côté là.

Tout d’abord, une chose qui frappe, c’est justement que le sentiment de sécurité et de respect du professeur est proche de ce que j’imagine d’un professeur des années 60. Insultes, menaces, violence verbale ou physique ? Que nenni ! Mention spéciale aux salles de collège où tous les jeunes vont se lever et vous saluer au début de la classe. D’ailleurs, de manière générale, vos étudiants vous salueront dès qu’ils vous croiseront.

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Tout de suite, ça vous calme, hein ? C’est ça qui manque à la France, ma bonne dame, c’est moi qui vous le dit : la di-sci-pline !

Bon, ensuite, le revers de la médaille, c’est le « carcan » qu’on tous ces étudiants. Carcan social, d’abord, puisque rares sont ceux qui vont prendre la parole ou poser des questions. Vous voulez de la participation ou des réponses, il faut aller les chercher, tel le trappeur partant chasser les animaux à fourrure dans la forêt.

Personnellement, j’ai une petite théorie linguistique, d’ailleurs partagée avec deux autres jeunes collègues professeurs (français et gallois) : en chinois, le mot « wèn tí » est utilisé, qui signifie autant « question » que « problème ». Le fait que ces deux concepts ou notions soient réunis dans un même mot, lié à la culture de ne jamais perdre la face, me pousse à penser que poser une question, c’est admettre avoir un problème, donc une faiblesse, devant les autres. D’où l’immense réserve de la majorité des étudiants chinois à prendre la parole et se tromper ou admettre une incompréhension. Certes, mon épouse chinoise ne partage pas cet avis, mais je me demande jusqu’à quel point ma spéculation peut se révéler vraie…

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Oui, enfin bon, après ça, c’est une trentaine de copies à corriger… La kryptonite professorale, pour reprendre le bon mot d’un ami dans le métier !

Carcan intellectuel aussi, oserai-je dire. Dire que les jeunes chinois ne sont pas ouverts d’esprit serait une bêtise. Mais ne pas admettre qu’ils sont moins curieux, de façon générale, est malgré tout une erreur. Ils sont habitués à apprendre, réciter, au par cœur; pas à analyser, résumer, critiquer ou synthétiser. Sans être des robots, ils vont toujours vouloir utiliser le dictionnaire et comprendre « comme il faut ». Les pousser à exprimer leur avis est un exercice de longue haleine.

Ainsi, autant ils pourront bien comprendre des textes littéraires et seront assez à l’aise à l’écrit, autant à l’oral… leur niveau pèche. Le problème est que beaucoup d’enseignants chinois n’ont jamais quitté la Chine et n’ont jamais mis les pieds dans un pays francophone (ou alors, ils ont juste visité Paris en groupe de touriste). Ainsi, ces professeurs vont pouvoir expliquer les théories langagières, mais n’auront pas forcément un excellent niveau en français (ou dans les autres langues « européennes »). Les étudiants vont avoir des cours en chinois de théorie et d’exercices, mais peu d’oral et pas forcément d’un excellent oral. Quand on veut apprendre une langue étrangère, cela rend les choses compliquées…

Du coup, j’estime que de manière général, le niveau, particulièrement universitaire (en tout cas à l’université Lanzhou Jaiotong, une université « moyenne ») est moyen, voire bas.

Ensuite, il y a le fléau des téléphones portables. Bon, non qu’en France il n’existe pas, mais les chinois, comme beaucoup d’asiatiques, sont ultra connectés. Tout est réuni dans leur mobile : Internet, jeux vidéo, chats et liens avec les réseaux sociaux, dictionnaire et applis diverses. Interdire les portables, c’est une quête sans fin, surtout que vous aurez les bons étudiants et les mauvais étudiants.

Mais au fond quelle différence y a t il entre le bon et le mauvais étudiant ? Non mais, le mauvais étudiant, bon, bah, c’est un jeune qui a un portable, y l’est en cours, y l’utilise…Et le bon étudiant ? C’est un jeune, il a un portable, y l’est en cours, mais y l’utilise… mais…c’est pas la même chose ! Y’a le bon étudiant, et y’a le mauvais étudiant…

Oui, n’est-ce pas ? Aaaah, les classiques français, certains sont indémodables ! (je me sens vieux, d’un coup…) Plus sérieusement, faire la différence entre un élève qui utilise son téléphone pour vérifier un mot et un autre qui en profite pour s’évader avec (2h de cours par semaine, enfin, deux fois 50 minutes, soyons précis que diable, c’est vrai que c’est le bagne !), c’est difficile. J’ai tendance à repérer les différents larrons quand même (pas si difficile), mais je ne m’interromps pratiquement plus pour confisquer le jouet désormais; je me concentre envers ceux qui le méritent, pas les dilettantes…

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Eh hop, un flagrant délit ! OK, j’admets, je déteste ces salles avec écrans d’ordinateurs qui permettent aux « talentueux étudiants » de « cacher avec brio leur activité annexe durant leur cours »… Comme si un prof ignorait vraiment ce qui se passe dans sa salle… Rêvez, mes petits !

Mais le plus problématique, à mon sens, c’est que durant les études universitaires, la politique est le « tout le monde passe ». Pour qu’un étudiant redouble, il faut qu’il soit vraiment mauvais, souvent absent, etc. Du coup, le niveau en classe devient vite compliqué car déséquilibré. Vous allez faire face à des étudiants désintéressés, inattentifs et qui ne travaillent pas, mais devoir aussi les noter comme s’ils étaient des élèves tout à fait acceptables. Franchement, pour les barèmes de notation, bonjour…

Enfin, pour les examens et exercices, c‘est flou. Très flou. Je sais que pour l’enseignement supérieur, le professeur est censé avoir une certaine liberté d’action, mais là, je parle juste de la manière de noter les élèves. Aucun professeur étranger ne reçoit les mêmes consignes, au final, c’est assez à la tête du client. De plus, les notes sont assez vides de sens, car ce qui va importer au final, ce seront les tests de niveau de langue que les étudiants qui veulent vraiment utiliser une langue étrangère de façon professionnelle vont passer. Le sentiment de travailler un peu pour des prunes ou dans le brouillard est assez déstabilisant, il faut bien le dire.

D’un autre côté, à part une vague directive pour le programme du semestre, l’enseignant à une paix royale pour enseigner ce qu’il veut. C’est franchement appréciable, surtout que ce qui sera demandé à un professeur étranger est toujours la même chose : un cours oral. On demande de parler, de présenter notre bon pays à ces charmantes têtes blondes (ici, les cheveux sont noirs, les peaux dans les teintes de jaune, du plus clair au plus bronzé et les yeux pratiquement toujours très sombres, mais si, je vous assure !). Du coup, comparé aux professeurs chinois, le poids des responsabilités, des contrôles, comptes rendus et réunions  est réduit à pratiquement rien, ce qui laisse bien plus de temps libre.

 

Pour ma part et pour conclure, j’écrirai sans hésiter que mon enseignement préféré est celui du collège : des jeunes attentifs (une salle de pratiquement 50 pré-adolescents, si, si !), motivés, curieux et enjoués d’apprendre, ultra polis et joyeux de vous voir, c’est un véritable plaisir et une vraie piqure de motivation et d’entrain. En plus, beaucoup sont meilleurs que mes étudiants de français à l’université, un comble !

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Ça, c’est juste pour faire baver d’envie les professeurs en France ! Osez me dire que vous avez les mêmes !