La bonne conduite

Apparemment, les plus tristes et stupides histoires arrivent à faire le tour du monde et sortir de la Chine.

Il y a quelques jours, un accident mortel de bus a été causé par une pauvre (placez ici le nom injurieux au féminin qui vous vient à l’esprit en premier), qui se met à gifler un chauffeur de bus alors que ce dernier est en train de conduire.

Bon, je poste ici un lien, qui en vaut un autre, mais surtout avec la vidéo de la caméra de sécurité qui tourne largement en ligne et sur les réseaux sociaux.

 

Mais je rebondis sur une habitude culturelle chinoise qui a tendance à m’insupporter au plus haut point et que je trouve même particulièrement déplorable, pour ne pas dire dangereuse.

Avouez, que vous soyez piéton, cycliste, skater, automobiliste, bref, que vous vous trouviez dans la rue, vous avez sûrement utilisé d’une manière ou d’une autre l’expression : celui-là (pas d’écriture inclusive ici, le masculin est aussi le « neutre » en français), il a eu son permis dans une pochette surprise.

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Qu’ai-je besoin d’ajouter à mon mini montage photo ?

Incivilité quelconque, absence du respect du code de la route, gros plouc croyant qu’il peut faire comme bon lui semble, l’envie de se promener avec une bombe de peinture ou une canne (la canne est nettement plus française et élégante que la batte de baseball, que ce soit clair une bonne fois pour toutes) afin de repeindre le moyen de transport du margoulin si peu urbain, ou lui infliger une belle bosse ou bleu dont le piètre personnage se souviendra pendant un certain temps.

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C’est autre chose que les altercations contemporaines dans les rues de Paris, quand-même !

Mais cela, c’est dans un pays où il y a des règles établies, même si celles-ci sont parfois royalement bafouées.

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Mesdemoiselles, Mesdames, Messieurs, l’actuelle impératrice en Chine.

En Chine et bien le code de la route semble bien souvent absent. Dans une ville comme Guangzhou, ou dans les centres-villes, les feux de signalisation sont assez respectés. Je dis bien « assez », faites attention, un peu, je vous prie.

Mais en règle général, le « code » est assez simple. La priorité va à celui qui possède ou du moins montre qu’il a le plus d’argent. En clair : j’ai une automobile = je suis le roi de la route. Plus encore : j’ai une grosse berline = je suis l’empereur de la route.

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Traduction : « j’ai une voiture de luxe, je suis tellement cool »                                                                 (c’est MON meme et le texte demandé à MA charmante épouse, droits d’auteurs, hein !)

Ici, pas question d’être poli ou respectueux. Une sortie ou entrée de parking, donc le fait de pénétrer en quatre roues sur le trottoir ne veut pas dire que le conducteur va aimablement laisser passer l’homme se tenant fièrement sur ses deux jambes. Oh que non. Même si l’automobiliste arrive (sans guère ralentir, sinon le jeu est moins drôle) dans votre angle mort, à vous de lui céder le passage, sinon, vous risquez de commencer une partie du classique jeu du « qui cèdera la priorité en premier ». Et derrière sa tonne de plastique et de métal, le fier pilote risque moins que vous et vos petits muscles. Certes, normalement, la personne au volant de ses chevaux vapeur aura tendance à vous laisser passer, mais vous en serez quitte pour un bon coup de sang et une saine montée de stress et d’adrénaline.

 

Car le trottoir chinois n’est point sans danger. Ami des sensations fortes, venez en Chine. A peu de frais, vous pourrez facilement connaître quelques belles frayeurs et jouir du rouge vous montant au joues, de la veine palpitante, de la bordée d’injures qui vous vient aux lèvres et du regard qui aimerait tant foudroyer le fauteur de troubles.

Ici, voici venir les deux roues.

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Tremblez, voici venir les bikers chinois !

Je n’ai pratiquement jamais vu de grosses cylindrées en Chine, ni scooter. Par contre, les vélos, y compris électriques et les mobylettes sont légions. Et dans un pays qui compte tellement sur les livraisons à n’importe quel moment (j’avoue, il m’arrive d’en profiter tant cela est pratique), où le temps, c’est de l’argent, la vitesse est de mise. Donc le slalom entre les piétons est la norme. Un conseil, attention aux mouvements brusques et surtout, gardez le cap quand vous marchez ! Surtout si vous avez la fâcheuse passion d’aimer écouter de la musique lors de vos déplacements pédestres (votre casque vissé sur vos oreilles et le tout branché à votre baladeur –ou portable dernière génération, cela marche aussi-), voire d’être en plein milieu d’une conversation prenante. Attention, car le fier pilote au guidon de son bolide, souvent fort silencieux car électrique, a d’ores et déjà tracé sa trajectoire mentalement et vous frôlera avec l’aisance de l’habitude. Evitez les grands gestes passionnés ou les soudains changements de décision, vous pourriez connaître un choc malencontreux. Cela a failli m’arriver un certain nombre de fois, surtout que je marche vite.

 

Désormais à Guangzhou, j’ai songé à conduire moi-même.

Alors, tout d’abord, le permis de conduire français, même traduit en chinois par un traducteur officiel et dûment tamponné, n’a qu’une valeur assez limité ici. Je pense que pour louer un véhicule, cela peut suffire, mais pour conduire librement et avoir son propre engin motorisé, mieux vaut (re)passer le permis au pays d’accueil. C’est en tout cas le conseil d’un de mes confères professeur, c’est le plus simple. Par ailleurs, l’obtention de carte grise est apparemment, pour les grandes villes, la croix et la bannière. C’est extrêmement long, à moins d’avoir de quoi graisser la patte de l’administration. On compte, sans rire, en mois voire en années (ne riez pas, j’ai des exemples en tête !) l’obtention de ce genre de papier. Un autre conseil du même professeur était d’être en relation avec un français possédant sa propre voiture, français qui désirerait la vendre. Là, il y a moyen de s’arranger (à la chinoise, c’est à dire de manière… souple).

Pourquoi cette lourdeur administrative ? Eh bien, assez simplement, deux raisons principales expliquent cela.

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Remarquez, c’est joli, la nuit, avec toutes ces lumières (ici à Xi’an)

Premièrement, les limites des voies de transport. Elles paraissent déjà souvent saturées, donc l’administration est assez frileuse de voir se multiplier le nombre de véhicules dans les métropoles.

Deuxième raison, la pollution. La Chine connaît très bien son épineux problème de pollution et effectue quoi qu’on en dise, déploie beaucoup d’efforts (et d’argent) pour éviter de se tirer une balle dans le pied.

 

Ceci étant, cela ne règle pas ma crainte principale.

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Je sais QUI conduit quotidiennement plus rapidement et plus follement, moi !

Vous avez probablement déjà visionné le film Taxi. Oui, ce chauffeur de taxi à Marseille qui conduit si vite et si bien et slalome à travers la circulation urbaine. Eh bien, il ne serait qu’un conducteur parmi tant d’autres. En effet, même votre conducteur de bus ou de car (ou de navette entre campus, par exemple), va appuyer sur le champignon et zigzaguer de droite et de gauche (quitte à utiliser la bande d’arrêt d’urgence), afin d’avaler les kilomètres en un temps record.

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Quand je dis appuyer sur le champignon…

Donc, ma petite personne, si germanique dans l’esprit, avec son respect des sacro-saintes règles et conduites, est plutôt inquiète de prendre le volant dans un monde digne du far-west. Ceci dit, les accidents sont vraiment rares, même les accrochages sont exceptionnels, les chinois sont parfaitement habitués à cette situation dans la rue, mais pour un occidental, gardez-donc les yeux grands ouverts, vous êtes prévenus !

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Parce que la tête de cette chauffeuse de bus (ici à Lanzhou) ne prête pas à rire, c’est moi qui vous le dit !

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Tchou tchou tchinois

Cet été s’est révélé mouvementé. J’ai finalement déménagé à Guangzhou, dans la capitale de la province de Canton, non loin d’Hong Kong. J’aimerais découvrir la ville plus en détails avant de la traiter ici.

Or donc, le train est un moyen de transport qui, comme en France, possède probablement le meilleur rapport qualité-prix. J’ai pour le moment une impression fort mitigée des vols internes à la Chine (on est très loin de la très bonne qualité des vols internationaux chinois, comme par exemple Hainan Airlines) et la plupart du temps, j’ai eu le déplaisir de connaître des retards qui s’accumulait sans raison.

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Cette photo promotionnelle n’est pas si exagérée que cela. La plupart des hôtesses (y compris de l’air) en Chine sont accortes, car oui elles sont engagées pour leur physique et leur sourire. C’est la Chine, on ne s’embarrasse pas des considérations de l’image de la femme qui doit être politiquement correcte. Je passe sur les hommes car ils sont peu nombreux en comparaison.

Je survole le sujet des bus, car s’ils sont nombreux, ils sont souvent sales et inconfortables (les odeurs, notamment de vomi, peuvent vraiment poser problème aux plus délicats), en général, on a l’impression que c’est la plus basse couche de la population qui utilise ce moyen de transport. A réserver pour des déplacements qui ne seraient pas possibles autrement, par exemple pour se rendre dans des petites villes, car les trajets sont longs (on parle souvent de nombreuses heures).

Pour le train, il faut déjà savoir que dans les gares chinoises, la sécurité est très importante. Loin de la France, c’est comparable à celle d’un aéroport (avec détecteurs de métaux et passage des bagages aux rayons-X), donc c’est du temps qu’il faut prendre en compte pour ne pas être en retard. Par ailleurs, les billets achetés sur Internet (option recommandée pour être sûr d’avoir une place -et surtout une place assise, mais j’y reviendrai-), nécessitent d’être retirés en guichet. Les guichets automatiques ne sont pas disponibles pour les étrangers, car ils fonctionnent avec les cartes d’identité chinoises, qui sont à puces électroniques. Et autant vous le dire, dans les gares chinoises, il y a du monde, BEAUCOUP de monde.

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Ici, par exemple un exemple de la gare de Xi’an.

De plus, les priorités dans les queues sont fluctuantes, surtout avec le grand nombre de chinois qui vont vouloir, qui un renseignement, qui une faveur, qui une négociation quelconque, les guichetiers sont sans arrêt coupés par ces “indésirables”, ce qui rallonge évidemment la durée d’attente. Préférez en tout cas les départs tôts et matinaux, je déconseille fortement une gare en pleine journée, pleine de monde.

Par ailleurs, il y a plusieurs types de train et de gares, notamment d’accès aux quais. Dans les gares les plus modernes, on sent les efforts pour organiser au mieux les foules de voyageurs. Au niveau des gares moins développées, avec une population potentiellement moins éduquée, au moment d’accéder aux rames, la folie semble s’emparer de la foule, qui se précipite vers les portiques, histoire de s’assoir et surtout de profiter des porte-bagages, car premier arrivé, premier servi, et une majorité de chinois voyagent en emportant le maximum d’affaires avec eux. Pour être le plus confortablement installé, il faut faire la queue debout et faire preuve d’une grande patience.

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Un embarquement tout à fait standard. Vous voilà prévenu !

Je connais trois types de train. L’équivalent du TGV, que je recommande. Tout d’abord, parce que le trafic est le plus sûr et stable, je parle essentiellement des horaires, parce que ces trains sont les plus rapides (et que, je ne le répéterai jamais assez, mais la superficie de ce pays est immense) et que le confort des sièges est présent.

 

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Un train rapide -vide- chinois. L’hôtesse en uniforme, c’est normal. Le moindre restaurant a des serveuses en uniforme. Notez que les écrans vont diffuser en boucles des vidéos de bonne conduite (pour le confort de tous), qui seront absolument ignorées par le bon peuple formant la masse de voyageurs.

Ensuite, c’est la Chine, donc perpétuellement bruyant. Les enfants braillards, les vendeurs “à la criée” (le mot a été inventé pour eux, ne vous plaignez plus jamais de votre marchand de poisson au marché !), les téléphones qui sonnent et les conversations, téléphoniques ou non, à haute voix, sans parler de la musique ou des films écoutée ou visionnés sans écouteurs. A la fin du voyage, les oreilles ont tendance à bourdonner, mais le TGV, étant donne le confort et l’espace réservé pour chaque passager, est le train avec le moins de voyageurs par rame, donc comparativement le plus calme.

A typical train in China.

Pas une photo de l’intérieur d’un train rapide, mais l’ambiance sera toujours dans ce goût là.

Pour les longs déplacements en mode économique, je suggère de prendre les trains couchettes. Le fait d’être allongé permet de dormir un maximum, surtout quand les lumières de la rame s’éteignent vers 22 heures. Ceci dit, même si je n’ai personnellement jamais rencontré ce problème, veillez attentivement sur vos affaires. Le train s’arrête régulièrement, y compris la nuit, aussi les vols sont une possibilité bien réelle. Personnellement, mes affaires les plus précieuses étaient dans mon sac à dos, sac à dos faisant un deuxième oreiller et je vérifiais que ma valise restait à sa place à chaque arrêt (les nuits étaient dures). A chaque fois, il y a une série de six couchettes, façon lits superposés, les couchettes au niveau du sol profitant d’une petite table. On est en Chine, donc on paye le fait d’être en bas.

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Comme ça, on dirait un baraquement militaire. Le confort est en tout cas digne d’un entraînement militaire !

Enfin, le train que je déconseille fortement à mes compatriotes européens, les trains en banquettes communes. Deux banquettes pour trois personnes, sans accoudoirs, face à face, avec une table commune pour six personnes. Ce genre de voyage peut être amusant une fois façon découverte et aventure, mais l’hygiène (et je vise principalement les toilettes et le lavabo) est en général déplorable. C’est inconfortable à souhait, on peut s’en douter. Ensuite, si on est en quête de découverte et de contact avec les gens, la place vaut le détour. Je me rappelle qu’à mon premier trajet, un paysan, qui voyait pour la première fois un Européen de près en chair et en os, m’a payé une bière et a réclamé une chanson. J’imagine que ma -piètre, je chante mal- performance musicale (du Penofchaos je vous prie, soit la première chose qui me soit passée et dont j’étais sûr de connaître plus que le refrain par cœur) doit toujours traîner sur les réseaux sociaux chinois (car évidemment, on m’a filmé).

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Tout à fait comme dans mes souvenirs.

Quid des retards et des grèves ? Pour les grèves, on est en Chine, pas en France avec les cheminots très syndiqués, autant dire que ça n’est pas demain la veille. Pour les retards, c’est variable. Ceci dit, plus le train est rapide (donc cher, donc important), moins on risque de connaître des contretemps. Toutefois, avec les lignes standard, les retards peuvent s’accumuler, des vingtaines de minutes s’ajouter à demi-heures, sans guère de justification. Pour les trains standards, je recommande de payer un supplément à la gare, qui permet :

Un, de patienter assis dans un espace VIP de bas standing (le haut standing est comme de bien entendu présent, mais bien plus onéreux, naturellement).

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Encore la gare de Xi’an, avec son espace d’attente VIP. Je ne connais pas les prix, mais ça doit être cher.

Deux, d’entrer en avance dans le train et pouvoir devancer la foule (pour ne pas dire la masse) de voyageurs “lambda” et donc de poser ses bagages de façon “normale”.

Je compte toujours sur mon épouse dans ce genre de cas, l’anglais sera plus que probablement totalement inutile. A noter que pour ces trains les plus standards, une place ne veut pas toujours dire place numérotée (ce n’est bien évidemment pas le cas avec les “trains à banquettes”, qui n’ont, vous l’aurez deviné, aucun numéro que ce soit), ni même place assise. Les passagers de dernière minute peuvent se retrouver dans les couloirs ou les espaces reliant les rames (on vous proposera -lire vendra- des tabourets pliables), donc prendre un train en catastrophe est selon moi une bien mauvaise idée.

Pour l’anecdote, l’hiver dernier, le train, pourtant un express, reliant Xi’an et Lanzhou, a écopé de nombreuses heures de retard, suite à d’importantes chutes de neige. N’attendez aucune compensation et aucun remboursement. Soyez heureux d’obtenir ne serait-ce que des informations. La compagnie nous a gracieusement offert, durant le trajet fort tardif, des nouilles instantanées, en guise d’excuses.

D’ailleurs, pour ce qui est des repas, je préconise de faire des courses à l’avance, les nouilles instantanées (pour ne pas parler des plats chauds, proposés seulement sur les lignes les plus coûteuses), sont vendues à des prix prohibitifs. En supermarché, vous trouverez tout ce qu’il vous faut. Le moins cher, surtout si vous voyagez longtemps et accompagné, est d’acheter un pot cartonné de nouilles instantanées (petite note de mise en garde, beaucoup de ces produits sont fort épicés), qui comprend aussi une mini fourchette en plastique, puis de simples sachets des mêmes nouilles en réutilisant le pot. Les saucisses style Knacki sont vendues à l’unité et agrémentent un brin ce genre de repas. Si vous n’êtes pas -non plus- fan d’eau brûlante (la seule chose en libre service dans n’importe quel train), achetez des bouteilles d’eau (que de l’eau plate en Chine, oubliez la pétillante). Naturellement, biscuits, fruits et légumes de camping sont aussi vos amis (tomates et pommes, je m’adresse à vous, compagnons culinaires de tous les périples).

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N’attendez pas des saucisses qu’elle soient goûtues. Et réutiliser le bol cartonné des pâtes pour utiliser des sachets de ces nouilles est une astuces pour faire de petites économies.

Et la sécurité des lignes de chemin de fer chinoise ? Je n’ai pas de chiffres, mais on n’est pas en Inde (visionnez une seule vidéo via Youtube, les images sont assez éloquentes !). Sans être le Japon, pays le plus onéreux et sûr dans ce domaine des transports (j’ai préparé un cours sur les chemins de fer, je n’écris donc pas cela au hasard), la Chine reste un pays très consciencieux quant à la sécurité de sa population en général (même si je réprouve les façons de conduire les deux et quatre roues ici), donc il n’y a pas de raison de s’inquiéter.

Note : pour une fois, ce ne sont pas mes photos -à part pour celles de la gare de Xi’an-, les images ont été piquées à droite à gauche sur Internet.

Manger, oui, mais avec des baguettes !

Alors, une année vient de se terminer, et généralement les fêtes ont été célébrées avec moult bonne chère…
Bon, en Chine, nada; tout simplement parce que le Nouvel An chinois n’est pas encore arrivé, que Noël est à peine une occasion de faire quelques achats supplémentaires, dans un pays où tout est prétexte à consommer.
En gros, aussi vide de sens qu’Halloween en France. Vous voyez le coté « fête commerciale vaguement suivie par le bon peuple » ? Ben ici, c’est pareil.
Et Noël est logé à la même enseigne que le Nouvel An.
Mais du coup, qu’est ce qu’on mange en Chine et est-ce que les plats d’un restaurant chinois ont un rapport avec la nourriture du cru ?
Décortiquons donc cela…
Je séparerai tout d’abord 3 types de cuisine : celle d’un restaurant de qualité, celle d’un boui-boui et celle d’un repas à la maison (ce qui exclut les repas instantanés et les repas de fête, qui se rapprochent de ceux des bons restaurants).
Par ailleurs, je rappellerai ce fait qui me semble désormais évident : la Chine est grande comme une bonne partie de l’Europe. Le pays est divisé en 22 provinces. Une province, c’est un petit pays du Vieux Continent.
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Un rappel que j’aime particulièrement utiliser !

Si vous voyiez « Restaurant Européen « , avec un menu comportant en entrée une salade de pommes de terre allemande, en plat des spaghettis à la bolognaise italiennes, en fromage un choix de fromages néerlandais et en dessert un croissant ou pain au chocolat, vous trouveriez ça ridicule ? Probablement et à raison. Eh bien, un restaurant chinois en France, c’est aussi crédible et respectable que cette amusante hypothèse. Attention, les plats peuvent être goûtus et on peut avoir bien mangé, là n’est pas la question, mais pour la logique ou la cohérence, on repassera.
Bref, chaque région ou ville est souvent très fière de sa ou ses spécialités.
Je serai honnête, je ne fais clairement pas toujours la différence entre certaines spécialités. Pour refaire un parallèle, un étranger en France n’est que rarement capable de faire la différence entre des fromages ou des vins… Je pense que vous saisissez l’idée, chers lecteurs.
Par ailleurs, la Chine est séparée en deux concernant le riz et les pâtes.
Au Sud, étant donné le climat et le nombre de rizières, on mange du riz à presque chaque repas. Dans le Nord, les pâtes l’emportent.
Alors bien sûr, rien n’est figé dans le marbre, et le petit bol de riz reste un accompagnement classique un peu partout, mais dans les restaurants, le type de plat typique sera clair dans le menu.
Ce -long- préambule clarifiant un peu la situation culinaire chinoise, venons en donc au restaurant ayant un certain standing.
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Ici, repas avec les collègues, les profs étrangers enseignant leurs langues maternelles respectives.

Tout d’abord, les habitudes font que c’est souvent un lieu de groupe. Les dîners romantiques aux chandelles ne sont pas une grande habitude chinoise. Famille, groupe d’amis, plusieurs couples s’y rassemblant,  collègues, on y mange à partir de 4 ou 5. Et pour cause, la table -ronde- comporte généralement un plateau tournant permettant de piocher dans chaque plat pour se servir. Et quand je dis piocher, je ne plaisante pas : chacun, armé de ses baguettes, va picorer une mimi portion ou bouchée, tandis que le plat va faire plusieurs tours de table jusqu’à être terminé.
Vous l’aurez compris, c’est très  convivial et surtout, on va commander bon nombre de plats différents, exactement comme un buffet.
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Rien à voir avec LA table ronde, hein, n’est-ce pas, mais imaginez qu’un change la forme et ça devient une farce…

Si vous êtes seul, vous commanderez votre plat dans votre coin, mais je parle de généralité et de culture, pas de votre petite expérience de touriste !
Par ailleurs, en accompagnement, vous aurez typiquement droit à votre mini bol de riz, qui, suivant le soin du restaurant et du cuistot, vous préparera votre boule plus ou moins jolie et ronde (et le riz plus ou moins bon et parfumé).
Toutefois, les plats ont une tendance à être considérés différemment qu’en France. Les os et le gras ne sont pas retirés de la viande et de toute manière, vous ne trouverez pas de pièce de viande façon steak à commander. Bon, une raison déjà évidente, c’est qu’on ne coupe rien avec des baguettes. Donc les pièces sont déjà découpées. Par ailleurs, le poisson sera systématiquement présenté entier, peau et arrêtes comprises.
Egalement, à part une légère différence de température des plats, n’attendez pas une claire différenciation tel une salade et un plat chaud.
Par ailleurs, pas de dessert. Les boules de glace, les litchis et les beignets aux fruits exotiques sont des agréments européens.
Par ailleurs, les fameux biscuits chinois (fortune cookie) sont une création américaine. Inutile d’espérer en trouver en Chine, donc !
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Dans les verres à pied, du vin -oui, forcément dirait-on-, mais surtout du rouge (il y a assez peu de blanc en Chine, en comparaison de l’hexagone) et aussi de l’alcool blanc.

Pour la boisson, beaucoup de chinois vont boire simplement de l’eau chaude ou du thé. L’alcool a tendance à être réservé pour des occasions un peu marquées, car on trinquera. Du coup, plutôt du vin ou de l’alcool blanc, le baijiu. Bon, le vin est souvent excessivement cher pour une qualité qui tourne plutôt autour du vin de table à des bouteilles « pas mauvaises » (avec des prix outrageusement élèves, façon crus).
Sinon, je glisse dans cette catégorie la fondue chinoise (le hot pot). Pas de fourchettes particulières, on garde les baguettes. Plus ou moins épicée suivant les régions, la base est un bouillon dans lequel on plonge une variété d’aliments. Pas de mystère, la fraicheur et qualité de ces derniers va donner toute la saveur de la fondue.
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Ici, oui, je mange uniquement avec ma chère et tendre (je parle de mon épouse, pas de la viande !)

Je profite d’avoir abordé les sujets de la température et des épices pour effectuer 2 digressions (ceux qui se sont déjà tapés mes précédents articles doivent commencer à avoir l’habitude…)
Souvent, les chinois vont parler de froid et de chaud pour qualifier la « nature » des plats plutôt que la température  effective du plat. Suivant la « température » du corps (son état, qui considère la saison ou tout simplement un dérèglement, façon médecine traditionnelle chinoise), tel ou tel aliment va être considéré comme approprié ou pas. L' »essence » du gingembre est chaude, donc il doit être consommé si le corps est « froid », par exemple en cas de rhume ou de fièvre.
Par ailleurs, je me dispute depuis des années avec mon épouse en ce qui concerne le goût et ce que je considère comme plus ou moins épicé.
Pour elle, aucune différence. Pour moi, ça n’a rien à voir.
Imaginez un rosbif anglais bien fade. Imaginez maintenant une sauce ultra épicée. Votre rosbif sera toujours aussi fadasse, il sera toutefois extrêmement épicé. Ben pour un chinois, vous aurez généralement droit à un commentaire parlant du goût prononcé de ce plat. Et un français avec une moue de dépit.
Par ailleurs, la province de Sichuan est célèbre pour sa nourriture TRES épicée, ses fondues à faire pleurer un occidental, son poivre délicieux et ses pandas (non, on ne les mange pas, ceux-là…).
Et les chiens ? Parce qu’en Chine, ces sauvages mangent du chien. Oui, oui, calmez-vous, ma bonne dame. Quand vous promenez votre toutou et que vous croisez un asiatique, et un chinois en particulier, aucune chance que votre animal de compagnie le fasse saliver.
En fait, seule une région au Sud de la Chine mange du chien (au Guangxi). Et on parle  de chiens d’élevage, bien sûr, comme on mange du pigeon d’élevage et non ces rats volants qui fientent sur nos cathédrales, des grenouilles d’élevage et non des crapauds baveux, etc.
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Voilà, je vous ai bien choqué (je précise que je ne suis pas le photographe, je ne suis jamais allé dans cette région de Chine) ! Atténuons toutefois le sujet pour préciser que la cynophagie (le fait de manger du chien -vous vous coucherez plus érudit ce soir-) est une pratique répandue dans plusieurs pays d’Asie et qu’en Chine, cette habitude alimentaire a tendance à être de plus en plus réduite (car considérée comme de plus en plus dérangeante). Voilà, vous pouvez souffler…

Bien, revenons en à nos moutons (le mouton est au centre de bien des plats, probablement plus qu’en France -et je parle en terme de pourcentage de recettes, bien évidemment-).
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Une chose est sûre, à l’heure des repas, ces restos sont blindés de monde ! A droite, un assortiment, entre de la soupe sucrée au riz, des brochettes, des nouilles et des galettes. Dans la boîte ? Des desserts venant de boulangerie, vous ne trouverez pas de desserts dans ces lieux, ne rêvez pas !

Les petits restos font partie intégrante de la vie quotidienne chinoise. Vu le prix, entre 6 et 15 ¥ (1 ou 2 €), suivant le plat et l’endroit ou la ville, aller manger dans ce genre d’établissement est absolument courant. Ici, pas de repas partagé, hormis si on parle de brochettes grillées.
Par ailleurs, boire de la bière (les bières chinoises sont très à l’allemande, très légères et toujours blondes, bref, du Heineken ou de la 1664, beaucoup ont déjà dû essayer la fort connue Tsingtao -que je trouve sans intérêt, parlez moi d’une bonne bière belge, les enfants, façon trappiste-) est dans ces conditions assez classique.
Je me dois tout de même signaler que certains petits bars sont des brasseurs et peuvent étonner dans le meilleur sens du terme. Je me souviens d’une bière brune ou rousse, dans la ville de Baotou, en Mongolie intérieure, qui était une formidable surprise. De la vraie bonne bière dans un mini bar entouré  de ces petits restos qui payent rarement de mine.
Sinon, pêle-mêle, on a les plats de nouilles sautées ou dans leur bouillon, le riz avec sa sauce mêlée de légumes et viande, souvent frits au wok, les jiaozi (les raviolis ou dumplings, qu’ils soient cuits à la vapeur, frits ou bouillis dans l’huile), les baozi (petits pains chinois cuits à la vapeur et fourrés à la viande ou aux légumes) et j’en passe et des meilleurs.
Petite précision, la viande est chiche. Souvent trois minis bouts se courant après.
Tous les fast-food (que ce soient les américains, surtout KFC qu’on trouve un peu partout, clairement plus courant que McDo, mais surtout les variantes chinoise; d’ailleurs, on est presque toujours dans du poulet, même à McDo, le steak de bœuf n’est pas du tout courant !) entrent aussi dans cette catégorie, mais coûtent bien plus cher, au minimum le double du prix, même si on paye entre 30 et 50 ¥ (entre 4 et 8 €). Là, à ce tarif, ce n’est plus du remplacement de repas à la maison…
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Mesdemoiselles, Mesdames, Messieurs, permettez-moi de vous présenter dicos, le McDonald’s chinois (je devrais dire le KFC, à cause du poulet qui est l’ingrédient de tous les menus, mais KFC reste bien moins connu et présent en France…). Et non, ça ne vaut pas le coup : très cher, très peu dans l’assiette, chiche en sauce comme en crudités.

Au-delà du budget étudiant standard, en tout cas ! Comme les étudiants n’ont pas de coin cuisine, ils vont généralement manger dans ces établissements très bas prix, ou alors utiliser les nouilles instantanées (de l’eau chaude et hop, le tour est joué !).
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Quand je vous dis « tous accros au portable », je ne blague pas !

Enfin, le repas familial (le quotidien). C’est à mi-chemin entre le repas convivial et le plat unique. Chacun va avoir son bol de nouilles ou de riz et va piocher dans un ou deux plats placés au centre de la table pour accompagner son bol.
Surtout que le riz va toujours être « blanc ». Pas de sauce, ni sel ou poivre.
Et comme boisson, pratiquement toujours de l’eau chaude, comme nous buvons notre eau fraîche ou à température ambiante.
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A défaut d’une photo de repas de famille, une préparation à la main de jiaozi (les raviolis ou dumplings). Le tour de passe-passe pour détourner l’attention se voit ou pas ?

Par ailleurs, les vieilleries concernant le fait de ne pas finir son plat qui exprimerait sa faim (et donc le fait d’être automatiquement resservi) ou de devoir laissé des plats à demi ou aux trois-quart entamés sont des vieilleries. Certes, beaucoup de chinois ne vont pas chercher à forcément finir leur « assiette », mais de plus en plus, les sacs à toutous (je viens de découvrir l’adorable traduction du terme bien plus utilisé doggy bag) sont disponibles un peu partout (surtout dans les restos un peu chics, on ne récupère pas les restes d’un plat à 6 ¥…).
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A gauche : celles à usage unique, dans des sachets ou à séparer, en bois de bambou /// Au centre : les réutilisables, en vrai bois ou en plastique « verni » /// A droite : celles de collection, souvent en porcelaine; on peut manger avec, mais je ne l’ai jamais observé (de même qu’on utilisera les couverts en argent pour les grandes occasions).

Egalement, les baguettes. Ces ustensiles font partie intégrante des façons de manger chinoise. Dans les restos un peu chic, vous aurez de belles baguettes, souvent un peu travaillées. Dans les boui-bouis, vous aurez au choix les baguettes « neuves » de bambou ou bois ultra basique et à usage unique ou celles en plastique, réutilisables, du resto.
Enfin, à la maison, ce seront les baguettes réutilisables en bois ou bambou.
Les baguettes de collection existent mais sont des objets décoratifs.
Dernière  petite chose, le savon et les serviettes. Si vous sortez, hormis les restaurants de bon standing auront du savon dans leurs toilettes. Les touts petits restos n’ont en général même pas de toilettes ou lavabos. Je préconise ces savons en spray ou gel n’ayant pas besoin d’eau, très pratiques et permettant un minimum d’hygiène. Enfin, les serviettes sont parfois payantes ou parfois simplement absentes, donc ayez toujours des serviettes ou mouchoirs avec vous.
Bon appétit dans tous les cas, avec les myriades de plats existants, impossible de ne pas tomber sur un qui ravira vos papilles !