La bonne conduite

Apparemment, les plus tristes et stupides histoires arrivent à faire le tour du monde et sortir de la Chine.

Il y a quelques jours, un accident mortel de bus a été causé par une pauvre (placez ici le nom injurieux au féminin qui vous vient à l’esprit en premier), qui se met à gifler un chauffeur de bus alors que ce dernier est en train de conduire.

Bon, je poste ici un lien, qui en vaut un autre, mais surtout avec la vidéo de la caméra de sécurité qui tourne largement en ligne et sur les réseaux sociaux.

 

Mais je rebondis sur une habitude culturelle chinoise qui a tendance à m’insupporter au plus haut point et que je trouve même particulièrement déplorable, pour ne pas dire dangereuse.

Avouez, que vous soyez piéton, cycliste, skater, automobiliste, bref, que vous vous trouviez dans la rue, vous avez sûrement utilisé d’une manière ou d’une autre l’expression : celui-là (pas d’écriture inclusive ici, le masculin est aussi le « neutre » en français), il a eu son permis dans une pochette surprise.

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Qu’ai-je besoin d’ajouter à mon mini montage photo ?

Incivilité quelconque, absence du respect du code de la route, gros plouc croyant qu’il peut faire comme bon lui semble, l’envie de se promener avec une bombe de peinture ou une canne (la canne est nettement plus française et élégante que la batte de baseball, que ce soit clair une bonne fois pour toutes) afin de repeindre le moyen de transport du margoulin si peu urbain, ou lui infliger une belle bosse ou bleu dont le piètre personnage se souviendra pendant un certain temps.

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C’est autre chose que les altercations contemporaines dans les rues de Paris, quand-même !

Mais cela, c’est dans un pays où il y a des règles établies, même si celles-ci sont parfois royalement bafouées.

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Mesdemoiselles, Mesdames, Messieurs, l’actuelle impératrice en Chine.

En Chine et bien le code de la route semble bien souvent absent. Dans une ville comme Guangzhou, ou dans les centres-villes, les feux de signalisation sont assez respectés. Je dis bien « assez », faites attention, un peu, je vous prie.

Mais en règle général, le « code » est assez simple. La priorité va à celui qui possède ou du moins montre qu’il a le plus d’argent. En clair : j’ai une automobile = je suis le roi de la route. Plus encore : j’ai une grosse berline = je suis l’empereur de la route.

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Traduction : « j’ai une voiture de luxe, je suis tellement cool »                                                                 (c’est MON meme et le texte demandé à MA charmante épouse, droits d’auteurs, hein !)

Ici, pas question d’être poli ou respectueux. Une sortie ou entrée de parking, donc le fait de pénétrer en quatre roues sur le trottoir ne veut pas dire que le conducteur va aimablement laisser passer l’homme se tenant fièrement sur ses deux jambes. Oh que non. Même si l’automobiliste arrive (sans guère ralentir, sinon le jeu est moins drôle) dans votre angle mort, à vous de lui céder le passage, sinon, vous risquez de commencer une partie du classique jeu du « qui cèdera la priorité en premier ». Et derrière sa tonne de plastique et de métal, le fier pilote risque moins que vous et vos petits muscles. Certes, normalement, la personne au volant de ses chevaux vapeur aura tendance à vous laisser passer, mais vous en serez quitte pour un bon coup de sang et une saine montée de stress et d’adrénaline.

 

Car le trottoir chinois n’est point sans danger. Ami des sensations fortes, venez en Chine. A peu de frais, vous pourrez facilement connaître quelques belles frayeurs et jouir du rouge vous montant au joues, de la veine palpitante, de la bordée d’injures qui vous vient aux lèvres et du regard qui aimerait tant foudroyer le fauteur de troubles.

Ici, voici venir les deux roues.

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Tremblez, voici venir les bikers chinois !

Je n’ai pratiquement jamais vu de grosses cylindrées en Chine, ni scooter. Par contre, les vélos, y compris électriques et les mobylettes sont légions. Et dans un pays qui compte tellement sur les livraisons à n’importe quel moment (j’avoue, il m’arrive d’en profiter tant cela est pratique), où le temps, c’est de l’argent, la vitesse est de mise. Donc le slalom entre les piétons est la norme. Un conseil, attention aux mouvements brusques et surtout, gardez le cap quand vous marchez ! Surtout si vous avez la fâcheuse passion d’aimer écouter de la musique lors de vos déplacements pédestres (votre casque vissé sur vos oreilles et le tout branché à votre baladeur –ou portable dernière génération, cela marche aussi-), voire d’être en plein milieu d’une conversation prenante. Attention, car le fier pilote au guidon de son bolide, souvent fort silencieux car électrique, a d’ores et déjà tracé sa trajectoire mentalement et vous frôlera avec l’aisance de l’habitude. Evitez les grands gestes passionnés ou les soudains changements de décision, vous pourriez connaître un choc malencontreux. Cela a failli m’arriver un certain nombre de fois, surtout que je marche vite.

 

Désormais à Guangzhou, j’ai songé à conduire moi-même.

Alors, tout d’abord, le permis de conduire français, même traduit en chinois par un traducteur officiel et dûment tamponné, n’a qu’une valeur assez limité ici. Je pense que pour louer un véhicule, cela peut suffire, mais pour conduire librement et avoir son propre engin motorisé, mieux vaut (re)passer le permis au pays d’accueil. C’est en tout cas le conseil d’un de mes confères professeur, c’est le plus simple. Par ailleurs, l’obtention de carte grise est apparemment, pour les grandes villes, la croix et la bannière. C’est extrêmement long, à moins d’avoir de quoi graisser la patte de l’administration. On compte, sans rire, en mois voire en années (ne riez pas, j’ai des exemples en tête !) l’obtention de ce genre de papier. Un autre conseil du même professeur était d’être en relation avec un français possédant sa propre voiture, français qui désirerait la vendre. Là, il y a moyen de s’arranger (à la chinoise, c’est à dire de manière… souple).

Pourquoi cette lourdeur administrative ? Eh bien, assez simplement, deux raisons principales expliquent cela.

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Remarquez, c’est joli, la nuit, avec toutes ces lumières (ici à Xi’an)

Premièrement, les limites des voies de transport. Elles paraissent déjà souvent saturées, donc l’administration est assez frileuse de voir se multiplier le nombre de véhicules dans les métropoles.

Deuxième raison, la pollution. La Chine connaît très bien son épineux problème de pollution et effectue quoi qu’on en dise, déploie beaucoup d’efforts (et d’argent) pour éviter de se tirer une balle dans le pied.

 

Ceci étant, cela ne règle pas ma crainte principale.

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Je sais QUI conduit quotidiennement plus rapidement et plus follement, moi !

Vous avez probablement déjà visionné le film Taxi. Oui, ce chauffeur de taxi à Marseille qui conduit si vite et si bien et slalome à travers la circulation urbaine. Eh bien, il ne serait qu’un conducteur parmi tant d’autres. En effet, même votre conducteur de bus ou de car (ou de navette entre campus, par exemple), va appuyer sur le champignon et zigzaguer de droite et de gauche (quitte à utiliser la bande d’arrêt d’urgence), afin d’avaler les kilomètres en un temps record.

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Quand je dis appuyer sur le champignon…

Donc, ma petite personne, si germanique dans l’esprit, avec son respect des sacro-saintes règles et conduites, est plutôt inquiète de prendre le volant dans un monde digne du far-west. Ceci dit, les accidents sont vraiment rares, même les accrochages sont exceptionnels, les chinois sont parfaitement habitués à cette situation dans la rue, mais pour un occidental, gardez-donc les yeux grands ouverts, vous êtes prévenus !

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Parce que la tête de cette chauffeuse de bus (ici à Lanzhou) ne prête pas à rire, c’est moi qui vous le dit !

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