Lanzhou

Ville où je vis, Ville qui m’ennuie. Tu n’es point jolie, Tout y est gris.

Une petite poésie et voilà résumé mon avis.

Blague à part, je développe un brin, voulez-vous ?

On peut comparer Pékin/Beijing à Paris et Xi’an à Lyon. Maintenant, si je demande à un français (désolé, je reste dans l’hexagone, si vous êtes en Belgique, en Suisse -partie francophone-, au Canada -pardon, au Québéc- ou dans un de ces nombreux pays d’Afrique où le français reste la langue officielle, débrouillez-vous comme des grands !) s’il désire habiter et travailler à St-Etienne, il y a relativement peu de chances qu’il se montre enthousiaste. Et clarifions ce point tout de suite : je me fiche des clubs de football comme de mes premières chaussettes, donc l’opposition entre les Verts et l’OL me passe au-dessus, à peu près au niveau de la stratosphère.

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Et une belle carte de musée de la province, une !

Que de poésie et de figures de style, me direz-vous. Ma foi, la faute en incombe à mes cours de stylistique, figurez-vous. Lanzhou est la capitale provinciale de Gansu, une province située dans le Nord-Ouest de la Chine. Elle fait frontière avec la Mongolie, pour situer un tant soit peu. Région montagneuse, plutôt sèche, voire complément désertique par endroits, elle n’est pas dénuée de paysages marquants, mais je ne peux guère épiloguer, du fait de ma connaissance empirique très limitée des lieux. Je n’ai eu l’occasion que de visiter la petite -par rapport à la Chine- ville natale de mon épouse, Cheng Xian,et un chef-lieu du Sud de la province, Wu Du. Cheng Xian est une sorte d’étrangeté, d’anomalie. C’est une ville située dans des vallées où la verdure verdoie où que le regard se porte. Wu Du est une ville assez haut-perché, dans des montagnes sèches et brunes.

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Alors, je sais que la qualité des photos n’est pas terrible, mais à gauche, voici un aperçu de Wu Du. La photo est prise depuis le grand centre administratif, qui apparaît très vert, car les jadriniers travaillent sacrément bien… et que comme c’est une zone administrative, l’argent de l’influence ne manquent pas. On ne plaisante pas avec l’aspect administratif et gouvernemental, en Chine ! A droite, Cheng Xian, tout du moins une escapade dans les petites montagnes boisées.

Lanzhou est une ville engoncée entre des chaînes de petites montagnes, traversée par le Fleuve Jaune. Et c’est un sacré problème pour une ville champignon, clairement en développement. Pour ceux qui ont la chance de connaître les problèmes écologiques de Grenoble, vous avez tout de suite une idée claire de la situation : pour simplifier et rendre cette comparaison accessible au commun des mortels, Grenoble est une cuvette, généralement surplombée par un nuage de pollution qui ne peut pas être dégagé par les vents à cause de son encaissement géographique. Lanzhou était classée en 2012 la ville la plus polluée de Chine (devant Pékin/Beijing !). Poussière et pollution, voilà un duo qu’on évite en règle générale…

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Vue panoramique de la ville, depuis les montagnes au Sud. La couche de brouillard n’est pas une réplique des jeux vidéos N64 (les « vieux » trentenaires comprendront), c’est malheureusement l’athmosphère de la ville.

Et ce développement en cours, voire en gestation pour de grands projets (certains pharaoniques, comme raser une montagne !) se ressent, pour peu qu’on connaisse, même succinctement, d’autres endroits de la vaste Chine. Des centres commerciaux ne présentant que des boutiques ou ?succursale? de marques chinoises, c’est un indice. Mais on peut aussi pointer le manque flagrant de transports en commun (le métro, en projet, se fait bien attendre), l’état des routes et des infrastructures, un aéroport qui ne dessert pas grand chose et situé à une éternité des centres-villes. Centres-villes éloignés les uns des autres, car la ville serpente entre les montagnes et le fleuve, ce qui rend les transports (bus, taxis ou voitures) longs et inconfortables, sans parler de la circulation perpétuellement chargée.

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C’est sûr qu’on est loin de la photo émerveillée d’un toursite lambda. Mais c’est aussi ça, la Chine dans son aspect vivant et quotidien. Et un cauchemar pour tout électricien qui se respecte…

De plus, on ressent tout de suite l’éloignement avec les pôles chinois surdéveloppés : mode, manque de diversité des produits (ceci dit, le marché numérique et Internet vient à la rescousse !), plus faible ouverture au monde, marché assez fermé, etc.

C’est bien joli de jouer les rabat-joie, mais pourquoi bassiner mes trois lecteurs avec un sujet qui semble barbant ? Eh bien tout d’abord, présenter la Chine telle que je la découvre et l’observe. Ensuite, j’ai l’opportunité pour le moment d’observer les changements et développements d’une métropole (de 3,6 million d’habitants tout de même, hein ! Et mon chiffre date de 2010…). En effet, avecle projet lancé par le gouvernement de redévelopper la Route de la Soie, Lanzhou commence à être poussée par un énorme appui. Le but avoué est de rivaliser avec les incroyables centres du Sud et de l’Est. Et le français pourrait devenir un atout, plutôt qu’une curiosité culturelle. En tout cas, c’est ce que j’espère, parce que je risque d’y rester un moment, dans ce “trou” !

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Encore une photo du musée de Lanzhou. Et après, les braves gens se demandent quel est l’intérêt d’un tel lieu… Et je ferais comment pour illustrer mes propos historiques, sans ces photos, moi, hein ?!

Mais quel rapport entre cette ville et la Route de la Soie ? Alors, tout d’abord, cette route de la soie. Parce que figurez-vous, cher lecteur, que « la » route est en fait un réseau de routes, regroupées sous une appellation générale.

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Celle qui nous intéresse était une terrestre, pratiquée à pied, principalement, mais aussi à dos de chevaux, mules, yacks et chameaux, passant par une grande étape : Lanzhou. Ville stratégiquement placée à un endroit qui servait aussi de point de passage du Fleuve Jaune. La ville a donc une longue histoire et se situe sur un site proche de la Mongolie, donc parfois propice à retrouver des squelettes de dinosaures. Le musée -par ailleurs gratuit- de Lanzhou en présente donc plusieurs spécimens, sans parler d’une histoire somme toute intéressante, pour peu qu’on s’intéresse à l’histoire, l’archéologie et l’ethnologie.

musée

Un squelette d’un sauropode (oui, ces gros dino herbivores quadrupèdes au long cou et longue queue appartiennent à cet ordre, ignares !) que je n’identifie pas et le Cheval au galop volant, la pièce maîtresse du musée.

Ainsi, comme il est assez courant dans toute la région (au sens géographique le plus large), le cheval revient comme un des symboles les plus récurrents. Cheval, puisqu’on parle de population à la base nomade, similaire à ce qu’on pu être les mongols. Toutefois, la présence du Fleuve Jaune change la donne, pour une raison évidente. Un tel cours d’eau permet une installation et développement pérenne. Par ailleurs, les roues à aube ont été utilisées massivement pour permettre une irrigation importante.

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Je sais, l’appellation jaune est toute relative. Et à droite, une photo des quais, avec un espace exposant à l’air libre les anciennes roues à aube.

Mais puisque cette ville a servi de point de passage et de halte importante, ce qu’elle en a retiré à clairement et durablement modifié les habitudes chinoises traditionnelles : je veux surtout parler de la très marquante présence et influence de la religion musulmane. Les mosquées sont nombreuses et plus visibles que les temples bouddhistes et le plat emblématique de la ville consiste en un plat de nouilles au bœuf ou au mouton. Le porc fait rarement partie de ce qu’on trouve parmi les spécialités.

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De gauche à droite : une fondue avec son lot de plats, dont les ingrédients vont être plongés dans le bouillon (en commençant par la viande, pour des raisons gustatives), un verre de thé bien rempli et enfin une photo des cuisines, lors de la préparation de nouilles au bœuf.

En parlant de spécialités, citons une variante de la fondue chinoise (bien moins épicée que celle de Sichuan !), un thé qui ressemble plus à un patchwork qu’à une infusion traditionnelle des feuilles de thé : noix, bloc de sucre, fruits et différentes herbes et plantes. C’est assez sucré et plutôt doux, au final, mais je n’en ai trouvé qu’au restaurant -et de ceux avec un minimum de standing, pas dans un boui-boui-. Egalement, on va trouver plusieurs pièces de viande de mouton ou de chèvre.

Que voir à Lanzhou ? Le Fleuve Jaune est impossible à manquer, bien sûr et un ou deux ponts se différencient des conventionnels. Les rives sont aménagées pour offrir quelque espace vert et on y trouve quelques vieilles roues à aube. Je n’ai jamais mis les pieds dans une mosquée, donc je ne peux donner un quelconque avis.

Ce qu’on va trouver de pittoresque se situe à flanc de montagnes. Au Nord, un temple bouddhiste. Au Sud, il faut grimper, en particulier à partir d’un parc plutôt ombragé. Le col et le sommet proposent des espaces désormais -ré-aménagés (aménagements terminés depuis quelques années à peine) qui permettent de profiter de sympathiques panoramas.

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Un panorama un brin plus esthétique, depuis les hauteurs du Nord de la ville. Pour une fois, il y a du vert !

Ensuite, si on sort de la ville (mais un moyen de transport est alors requis), on peut trouver des petites montagnes boisées, avec parfois des ballades balisées (oubliez les sentiers façon GR, on est en Chine, ici) pour monter jusqu’aux jolis temples bouddhistes.

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Ici, une montagne à plus d’une heure de Lanzhou. J’ai eu la chance d’y passer juste après la tombée de la neige, donc les photos toutes blanches donnent un aspect fort poétique.

Je sais qu’un désert de dunes se trouve à proximité (un collègue espagnol y a fait un tour à moto), mais je n’ai pas vu ce chouette paysage de mes propres yeux.

En bref, Lanzhou, si la ville profite d’un essor économique et politique, elle pourrait devenir une métropole ouverte, développée et ayant surmonté ses points faibles, mais nous parlons d’un pari. Plusieurs villes ou régions ont été des échecs économiques (malheureusement souvent au prix de l’écologie, malgré les efforts et la prise de conscience progressive du gouvernement chinois), donc rien n’est garanti. Affaire à suivre, donc…

Ah, ai-je précisé que Lanzhou possède un climat très sec, qu’il peut y avoir des tempêtes de sable et de poussière, mais que quand il pleut, l’eau est huileuse et polluée ?… Je ne l’ai probablement pas mentionné, quelle tête de linotte je fais ! En gros, votre ordinateur portable ne va pas aimer le climat !

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